Discours d’Alain Lefebvre
Posted by admin on avr 1, 2011 in Actu | 378 comments
Arras, Hôtel du Département, le 31 Mars 2011
Nous voici donc de retour au sein de cette assemblée après ces semaines d’expression démocratique que sont ces élections cantonales. Un retour pour beaucoup d’entre nous.
Je suis d’ailleurs très heureux de constater que chacun est rentré au port et à bon port. Pour tout vous dire j’étais inquiet à la lecture des panneaux électoraux, j’ai cru un temps qu’il n’y aurait plus de groupe de droite pour défendre la politique gouvernementale. Me voilà rassuré, tout le monde est revenu à sa place, et chacun sait désormais que « majorité municipale » veut dire « la droite départementale ».
Un retour pour moi à la présidence de ce groupe d’union à gauche constitué de membres du Parti Socialiste, du Mouvement Républicain et Citoyen, du Parti Radical de Gauche et de Républicains.
Je tiens donc tout d’abord à remercier publiquement mes collègues du groupe pour cette confiance renouvelée. Ces élections, il m’est vraiment difficile de ne pas en parler. Elles sont riches d’enseignements et je pense qu’il y aura un avant 27 mars et un après.
Tout d’abord il y a une confirmation ; élection après élection, les français font confiance aux socialistes et à la gauche pour organiser la proximité et la solidarité. Depuis 1994 la carte de la France et du Département intensifient le volontarisme du rose au conservatisme du bleu.
Pour autant le fait majeur de ces élections restera le message qui nous est adressé par tous ceux qui ne sont pas venus voter et ceux qui ont préféré le vote extrême et déstabilisateur.
Aujourd’hui c’est un véritable défi à la démocratie représentative qui est lancé. Ce système est pourtant le seul qui garantisse la liberté et l’égalité entre les citoyens.
Face à cela nous avons tous une responsabilité. Nous, élus de gauche, avons une responsabilité et nous ne nous défilerons pas. L’unité doit être au rendez-vous. Par ailleurs, nos politiques et notre façon de concevoir le politique sont clairement appelées à évoluer. Mais chacun doit également faire son autocritique face à ce qui se passe.
Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas d’abstention quand jour après jour les élus locaux sont ainsi dénigrés ?
De quoi devrions-nous avoir honte ? D’avoir arraché la mise en œuvre de l’université du Pas-de-Calais qui permet aux enfants et petits enfants d’ouvriers et de paysans de faire des études supérieures ?
Honte de faire jour après jour de ces corons insalubres des logements confortables avec jardin aux loyers le plus bas du marché ? Devrions-nous aussi d’avoir honte d’apporter l’accès gratuit à la cantine pour les collégiens des familles les plus modestes ?
Devons-nous avoir honte de favoriser l’école publique gratuite, les RPI, le transport des enfants ?
Honte de changer l’image du Pas-de-Calais avec le site des deux Caps, le Louvre Lens ou Pas-de-Calais 2012 ?
Alors non seulement nous n’avons pas à avoir honte de ces actions nées de la volonté des élus locaux que nous sommes mais nous devons en être fiers. Seulement je crains fort qu’il n’y ait jamais autant de caméras pour montrer ce qui est fait positivement au quotidien qu’il n’y en a eu à Montigny-en-Gohelle pour offrir une tribune constante à ceux qui aboient, à ceux qui séduisent pour mieux détruire ; ceux qui détruisent sans proposer.
De la société du spectacle à celle du chaos, il se peut qu’il n’y ait qu’un pas.
Ceux qui depuis des mois s’évertuent à agiter les peurs au lieu de construire l’espoir doivent eux aussi s’interroger. Chasse aux Roms, identité nationale et aujourd’hui débat instrumentalisé sur la laïcité ont un objectif politique clair. Ce qui me gêne ce n’est pas l’objectif, ce sont les conséquences. A quoi sert d’opposer les citoyens entre eux si ce n’est à créer l’insécurité citoyenne ?
S’interroger aussi à la lecture du rapport du médiateur de la République. Nous n’avons pas toujours été d’accord ici dans cette enceinte avec Jean-Paul DELEVOYE mais là comment nier ce qu’il met clairement en évidence ;
Comment ne pas constater les difficultés quotidiennes, pour les populations face à cette dégradation de l’accès aux services publics soumis aux restrictions budgétaires ?
Enfin, c’est vers un autre rapport que je voudrais vous renvoyer. Un rapport qui éclaire sans doute plus que tout cette désaffection démocratique. Ce rapport c’est celui de l’INSEE qui publie chaque année un portrait social de la France. Je vous livre quelques éléments glanés au fil de ces 300 pages :
► en 2009 la France a connu le plus fort recul de l’activité depuis 1945.
► Depuis 2005, 447 000 emplois ont disparu dans l’industrie, dont plus de la moitié depuis 2008
► Désormais 4 demandeurs d’emploi sur 10 sont des chômeurs de longue durée,
► le chômage des jeunes atteint un niveau historique
► la crise a encore aggravé l’écart de chômage entre cadres et ouvriers
► un salarié sur deux seulement travaille à temps plein
► le taux d’emploi des français, enfants de parents immigrés du Maghreb est de 20 % inférieur à celui du taux des français nés de parents français. Il y a donc bien une relégation de certains citoyens dans la République.
Je pourrais continuer longtemps sur cette fois le niveau de vie, le pouvoir d’achat, les difficultés quotidiennes des classes moyennes, l’accès au logement, les écarts qui se creusent entre ceux qui ne cessent de s’enrichir et ceux qui aspirent à pouvoir assouvir les besoins primaires.
Voilà d’où vient le véritable ressort de l’abstention. Les attentes de la population sont bien loin de la quête identitaire. Aujourd’hui nous avons donc la responsabilité d’apporter des réponses à ce malaise social.
Les élus du groupe socialiste républicain et citoyen savent que sous votre conduite Monsieur le Président, nous continuerons à œuvrer contre toutes ces difficultés quotidiennes de notre population. Nous sommes prêts également à vous suivre pour porter des démarches nouvelles et innovantes.
A vous suivre enfin dans cette construction de l’avenir pour notre Département et de ses habitants. Vous suivre dans cet engagement pour l’éducation, la jeunesse, pour la solidarité.
Nous avons le pouvoir et le devoir de changer les choses. Nous continuerons à le faire ici et pour bien des années encore. Nous devons le faire demain au plus haut sommet de l’Etat pour construire une politique socialement plus juste.
Le « Pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté». C’est un Alain qui a dit cela, mais celui-ci était philosophe. Ma mère qui l’a eu comme professeur à la Sorbonne m’a prénommé ainsi en référence à lui ; je peux donc me permettre de le paraphraser pour vous dire que nous croyons à un avenir meilleur et qu’il nous appartient de le construire.

